Interview : 123Klan – graphisme France
Style is the message !
Scien & Klor exercent leur art depuis près de 20 ans sous le nom d’123Klan. Artistes, illustrateurs, graphistes, originaires du Nord de la France, ils sont installés à Montréal depuis 2007. Année qui marque également la création de leur ligne streetwear, Bandit-1$M. Interview.
D’où vient votre nom ?
Les chiffres 123 viennent du code postal de la ville dont Scien est originaire, Bray-Dunes (59123) dans le Nord, région Nord-Pas-de-Calais. Au départ c’était « king » parce que nous étions un peu les rois du graffiti dans le coin (rires), puis ensuite nous avons choisi klan, ça représentait bien l’esprit de crew, de famille qui nous caractérise. A l’arrivée tout ça donne 123klan.
Votre carrière démarre pendant l’explosion du graffiti…puis se prolonge logiquement dans l’ère du graphisme et de l’illustration… Comment s’est fait le passage des murs à l’écran de l’ordinateur ?
Nous avons commencé il y a plus de vingt ans à peindre les murs et autres supports urbains. Puis l’arrivée de l’ordinateur et des logiciels comme Illustrator nous a permis de faire évoluer notre art. C’était surtout un outil supplémentaire pour développer le concept 123klan. Puis Internet nous donné la possibilité « d’envahir » la toile et le monde petit à petit. On pouvait alors diffuser notre travail à une échelle beaucoup plus large. Mais il n’y a, en aucun cas, un besoin de reconnaissance ou de gloire. Nous faisons ce qui nous plaît tout simplement, sans se poser 36.000 questions.
J’ai lu que vous aviez été beaucoup influencés par Neville Brody…
A quel niveau ?
Oui, son travail sur la typographie nous a donné beaucoup d’idées. Il cassait un peu les règles établies et partait dans différentes directions encore jamais vues. Nous sommes tombés amoureux de son travail et de la typo, nous avions envie de faire un peu la même chose à notre manière. Être créatifs, multiplier les supports…
En 2003, vous avez créé votre studio. Vous fonctionnez désormais comme une vrai petite agence…
Exactement. Au départ nous avions créé un site web où nous mettions en ligne toutes nos créations, c’était le plaisir qui nous guidait avant tout. Et petit à petit les clients ont commencé à faire appel à nous pour des collaborations. De fil en aiguille, 123klan est devenu un vrai studio de création.
Et depuis 2007 vous êtes installés à Montréal… Pourquoi cette « délocalisation » ?
Les clients que nous avions étaient principalement nord-américains donc nous avons opté pour un déménagement à Montréal, une ville où il est très facile de créer son entreprise, contrairement à la France, qui est connue pour sa lourdeur administrative. Nous sommes très bien installés à Montréal, la vie est moins chère qu’en France, même si certaines choses nous manquent.
Comment se déroule le travail en couple ? Avez-vous une manière particulière de fonctionner ou est-ce l’instinct qui prime ?
Il est vrai que nous fonctionnons beaucoup à l’instinct. Nous communiquons par ondes (rires). Il n’y a pas de règles, nous sommes vraiment libres et très complémentaires. Et puis nous pouvons nous dire les choses sans qu’il y ait de problème, sans appréhension, sans avoir peur que l’autre se vexe. Nous formons un sacré duo, vraiment indissociable. Tout se fait de manière très naturelle. Nous avons essayé de travailler avec d’autres personnes à l’agence mais elles avaient pas mal de difficultés à s’intégrer car nous sommes inséparables. Désormais
nous faisons appel à des freelances, c’est plus pratique dans le travail quotidien.
Votre travail était il y a quelques années très orienté sur le graffiti. Aujourd’hui, il a beaucoup évolué…
Êtes-vous d’accord quand on dit qu’il est plus carré, plus tourné vers la simplicité et l’efficacité ?
Oui on peut dire ça, il est vrai que c’est plus efficace, plus simple. Nous essayons d’aller à l’essentiel tout en restant authentiques. Nous ne pouvions pas non plus faire du graffiti sur ordinateur. La machine nous a permis d’évoluer considérablement, d’avoir un côté plus technique aussi. C’est un peu la suite logique du graffiti. Mais nous continuons toujours à peindre bien sûr.
Vous avez aussi lancé une ligne de vêtements, Bandit-1$M. Pouvez-vous nous expliquer le concept ?
Le nom de la marque, créée en 2007, est tourné en auto-dérision. Nous sommes des graffeurs, donc nous sommes des vandales, nous vendons du crime d’où le banditisme (Bandit-1$M). « 1$M » représente « 123 » de notre nom d’artistes. Le $ est le 2 et le M est en fait le chiffre 3 posé à l’horizontale. C’est très subtil (rires).
Nous produisons des petites séries d’une centaine d’exemplaires avec une fabrication artisanale et locale. Nous avons la volonté d’apporter sans cesse de la nouveauté. L’argent gagné est directement réinvesti pour de nouveaux modèles. Nous ne voulions pas lancer une grosse marque de vêtements dont la gestion pourrait s’avérer trop compliquée. C’est du
plaisir avant tout !
Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Nous collaborons toujours avec nos clients au quotidien et puis nous préparons aussi l’année prochaine car en 2012 123Klan fêtera ses 20 ans. Nous allons organiser une série d’expositions au Canada avec Yves Laroche, à l’étranger et en France. Nous sommes également en train de travailler sur un projet de livre mais il n’y a rien de définitif encore. Ce sera un format différent de celui des éditions Pyramyd par exemple, à un prix accessible surtout.
www.123klan.com
shop.bandit-1sm.com
(Article Focus Magazine N°48)












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