Interview : Xavier Bourdil – artiste France
Derrière « Trust in Elements » se cache le talentueux Xavier Bourdil. Passé de la littérature au graphisme en quelques clics, ce digital pistolero parisien est webdesigner la journée chez Mazarine et totalement libre le soir pour exploiter à fond la suite Adobe !
Xavier, tu es passé de la littérature au design graphique. Peux-tu nous expliquer ce changement d’orientation ? Est-ce que la littérature te sert aujourd’hui dans ton activité quotidienne ?
Effectivement, j’ai fait un léger virage dans mon orientation professionnelle ! J’ai toujours un peu de mal à l’expliquer, en fait. Tout est parti du constat que je ne voulais pas être prof (ou du moins je voulais l’être pour de mauvaises raisons), et donc j’ai commencé à chercher ce que je pourrais bien faire plus tard, un métier que j’aime vraiment, à 100%, et dans lequel je m’épanouisse. Et un jour, en prenant le tram à Bordeaux, j’ai vu une affiche pour un festival de musique. Et je me suis dit « Hé mais ça pourrait être sympa de créer des posters comme ça moi aussi ! ». J’ai téléchargé les logiciels de la suite Adobe en rentrant chez moi, et depuis, je n’arrête plus !
La littérature ne me sert que très peu dans mon activité au quotidien, à part pour corriger quelques fautes par-ci par-là et d’éviter d’en faire moi-même. Mais je continue à lire beaucoup, dans le RER, le métro… Ça fait toujours partie de moi, et j’en profite pleinement maintenant, sans les contraintes liées aux études, aux examens, aux recherches…
Pourquoi avoir choisi « Trust in Elements » et « Digital Pistolero » ?
Ahah c’est un peu long comme histoire ! Pour Trust in Elements : au début j’avais choisi « oligoelement » comme signature, parce que j’aimais beaucoup l’idée de quelque chose de minuscule et d’invisible mais sans lequel la vie est plus difficile.
Et puis lorsqu’il a fallu acheter un nom de domaine, oligoelement était déjà pris ! À cette époque je vénérais tout ce qui sortait du KDU, dont la signature était souvent « Trust ». Et puis c’est un verbe qui me parle beaucoup : la confiance (en les gens avec qui je travaille, en cette voie que j’ai prise, le côté « foi », « engagement »…). J’ai repris ça là , et j’ai rajouté « in elements », pour rappeler « oligoelement ». Ensuite j’ai réalisé qu’« oligoelement » était un peu nul comme signature, alors j’ai juste gardé « Trust in elements ».
Pour « digital pistolero » c’est plus récent : dans mon ancienne agence, dans une période où je faisais énormément de déclinaisons, je devais tomber des dizaines de pages tous les jours. Du coup j’avais l’impression d’être une sorte de tueur à gages du Far West, à qui on donnait quotidiennement des contrats de pages à « abattre », et qui devait les remplir rapidement. J’ai voulu donner un ton un peu humoristique à tout ça, et ça a donné « digital pistolero » ! J’aime bien parce que c’est un peu décalé mais ça intrigue assez souvent les gens. Ça ne fait pas prétentieux – en tout cas j’espère ! – mais ça interpelle. Ça me va comme ça !
En fait tu es webdesigner la journée chez Mazarine et le reste du temps tu te concentres davantage sur ton travail personnel…
Exactement. Je considère ça comme une chance. D’un côté j’ai un travail fixe, en agence, pour du web – et j’adore vraiment ça. De l’autre j’ai cette plage de liberté, sans contraintes, dans laquelle je peux explorer ce que je veux. Parfois ce que je fais plais à d’autres personnes, ce qui peut déboucher sur une commande. Je prends ça comme du bonus, comme un signe que j’ai finalement peut-être ma place dans ce monde-là – du moins que j’ai eu raison de suivre cette voie du digital, et du graphisme en général.
Existe-t‘il justement des passerelles entre ces deux univers ? Ou fais-tu en sorte de bien les distinguer ?
Oui et non. Oui dans le sens où mon métier reste un travail sur de l’image, sur du graphisme, de la technique (sur photoshop, illustrator, cinema 4D,…). Mais en même temps dans mon agence on me demande plus de penser à des interfaces, des fonctionnalités, de la conception… Chose dont je suis totalement libéré dans mes travaux personnels (en dehors des commandes bien entendu).
Les deux dialoguent, c’est certain, s’influencent aussi sûrement, mais j’essaie de garder des frontières entre les deux. Ce serait une erreur je pense d’essayer de plaquer ma façon de créer mes travaux personnels sur ma façon d’appréhender mes travaux professionnels, et réciproquement.
Peux-tu nous livrer quelques clés pour comprendre ta manière de fonctionner? Tu utilises par exemple des photos comme points de départ et ensuite tu assembles différents éléments graphiques… Je pense notamment à « Thom Yorke/A tribute ».
C’est vrai que la plupart du temps je pars d’une photo, que je déstructure avec des formes et une technique que j’essaie de plus en plus de m’approprier. Ceci dit tout ça est ouvert : en ce moment par exemple je fais pas mal de test sur de la typo, des motifs très illustrés, etc… Mais ça change beaucoup en fonction des humeurs, de quelque chose que j’ai vu sur le net et qui m’a inspiré… C’est vraiment très libre.
Après pour le portrait de Thom Yorke, tout est parti (comme toujours d’ailleurs) d’une expérimentation à partir des formes du fond (celles qui entourent le visage central) – celles que justement j’essaie de m’approprier. J’ai choisi la photo, puis j’ai commencé à découper les formes, les remplir de couleur, j’ai agencé la composition, et ça me parlait de plus en plus. Du coup j’ai continué puis finalisé cette illustration assez rapidement. Mais beaucoup de travaux, sur cette même base, ne fonctionnent pas du tout ! Je les mets de côté pour y revenir une autre fois, et je commence autre chose…
Alors que dans d’autres cas tu pars dans d’autres directions…
Absolument ! L’expérimentation a une énorme part dans mes travaux personnels, même si j’essaie de garder une certaine cohérence d’un travail à un autre. Parfois je finalise très vite une llustration, parfois ça prend du temps, mais 99% du temps ça part d’un test que je fais.
Quel rôle tient le dessin sur papier dans tout ça ?
Aucun. Je ne dessine pas du tout sur papier, tout passe par l’écran. Mais même là je ne dessine pas, au sens où je ne cherche pas à avoir un trait lisible, à illustrer quoi que ce soit. Je trace des formes, ça oui, mais je ne trouve pas que ce soit du dessin. Ces formes sont uniquement là pour déstructurer une photo / une composition, ou pour venir la / les compléter.
J’ai vu que tu avais participé à une exposition avec DACS qui combat l’exploitation des enfants. Comment est né ce projet et comment l’as-tu « vécu » ?
Effectivement j’ai eu cette chance là . L’organisateur de cet événement m’a contacté en 2010 pour faire partie de la première exposition, et j’ai immédiatement accepté. En tant que jeune papa c’est un sujet qui me parlait beaucoup, et qui relevait aussi d’un petit challenge pour moi : comment à partir d’un « style » assez sombre, fait en majorité de déstructurations en tout genre, créer quelque chose de doux, autour des enfants, même pour un sujet aussi grave ? Ça m’a du coup doublement intéressé !
Il y aussi KDU, une sorte de plateforme avec laquelle tu collabores régulièrement…
Oui, même si je n’ai pas trop eu le temps de m’y impliquer ces temps ci. C’est un collectif que j’admire depuis mes débuts, je suis vraiment heureux de pouvoir en faire partie maintenant. Le fonctionnement du groupe fait que les membres en dehors du « Core » sont assez peu sollicités, mais ça me va comme ça. L’important c’est de participer aux quelques projets communs et de rencontrer des gens !
Quels sont les projets à venir ?
Comme je ne me vends pas comme freelance, je suis assez peu sollicité pour des commandes, donc les projets à venir sont plutôt des challenge que je me donne : commencer un peu de motion design, et continuer à faire mes petites expériences, notamment sur des traitements typographiques et sur des motifs abstraits. Sinon je prévois aussi de mettre à jour mon site, pour publier quelques nouveaux travaux que j’ai pu faire ces dix derniers mois.
Un dernier mot ?
Merci beaucoup pour cette interview, c’est toujours un plaisir de partager ce que je fais et de voir que ça peut plaire !
(Article Focus Magazine N°55)




































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